Projet de décret fixant les règles et procédures applicables à la destruction de haies
Consultation du 25/11/2025 au 16/12/2025 - 12022 contributions
Ce projet de décret est pris en application de la loi n°2025-268 du 24 mars 2025 d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations futures (dite loi « OSARGA »). L’article 37 de cette loi a introduit dans le code de l’environnement un dispositif de protection et de gestion durable des haies codifié aux articles L. 412-21 à L. 412-27.
Afin de renforcer la préservation des haies et de maintenir le linéaire planté, l’objectif de ce dispositif est de simplifier et unifier les procédures administratives applicables aux projets de destruction de haies, en créant une déclaration unique préalable (ou, le cas échéant, une autorisation unique), avec une compensation systématique et au moins équivalente.
Commentaires
La Note de présentation du projet de décret
Cette note expose que :
1. la France a perdu annuellement environ 11 500 kilomètres de haies de 2006 à 2014et 23 500 de 2017 à 20221, alors que les enjeux et nombreux services écosystémiques sont reconnus ;
2. le « Pacte en faveur de la haie » présenté par le ministre de l’Agriculture et de la
Souveraineté alimentaire et le secrétaire d’Etat à la biodiversité le 29 septembre 2023 se donne pour objectif de mettre un coup d’arrêt à cette tendance afin d’atteindre un gain net de 50 000 km de haies d’ici à 2030
3. les mesures financières pour la plantation, l’accompagnement et la valorisation, ainsi que la formation ne suffiront pas, seules, à inverser la tendance de destruction » ;
Selon cette note de présentation : les freins à la préservation des haies « réside en effet dans la complexité normative » concernant les travaux des destructions de haies. En somme, que les freins à la protection des haies sont le fait des réglementations visant justement à la protection des haies. Par conséquent il serait nécessaire de simplifier les règles de destructions pour protéger les haies.
En clair, parce qu’on aurait moins peur de détruire les haies, on les préserverait et on en replanterait plus !
Quelle logique !
Sur les 23 500km de haie détruits tous les ans, combien avaient fait l’objet d’une demande d’autorisation ? Combien d’auteurs de destructions ont opéré en dehors de tout cadre légal? Et sur celles-ci, combien on fait l’objet de poursuites comme l’exigerait la loi ?
L’association "L’Arbre Indispensable", dans son rôle de vigilance écologique, a dénoncé plusieurs cas de destructions illégales de haies et de talus, alors que ceux-ci étaient répertoriés au PLU. Ces arasages sans demande ni autorisation ont toujours été portés à la connaissance de l’administration et des élus locaux (censés exercer leur pouvoir de police).
Dans la quasi-totalité des cas, nos constatations et dénonciations n’ont jamais été suivies d’effet. Le non-respect de la réglementation reste dans l’impunité totale pour les auteurs.
Les services de l’état chargés de la protection de l’environnement et de la biodiversité ne sont pas actuellement en capacité pour constater les atteintes au droit, faute de moyens suffisants.
L’Arbre Indispensable dénonce le projet de décret fixant les règles de procédures applicables à la destruction des haies : le « régime de déclaration unique » fait porter la charge de l’application des différentes réglementations (et donc d’une possible délivrance d’autorisation de destruction) sur « un service instructeur coordonnateur » sans en déterminer :
• les compétences requises pour exercer dans ce service instructeur pour assurer du bon respect des différentes législations concernées ;
• les moyens humains et financiers pour assurer un suivi des demandes ;
• la localisation de ce service (commune, département, région, nation).
Dans un contexte de réduction des moyens dévolus aux administrations et de possible autre priorité de traitement, le risque est d’avoir des dossiers traités à la hâte, avec les biais que cela peut représenter, ou pire, d’un non traitement du dossier ouvrant droit pour le déposant à destruction des haies : « À défaut d’opposition, le projet peut être réalisé ».
Les dispositions de compensation sont floues et inadéquates en cas de destruction :
Selon le projet « la destruction s’accompagnera comme condition minimale d’une obligation de replantation de haies au moins égale au linéaire détruit » à « fonctionnalités équivalentes à celles de la haie supprimée ».
Quels critères seront pris en compte ? : « Habitat pour la biodiversité, stockage de carbone, auxiliaire de cultures, lutte contre l’érosion, production de biomasse et élément paysager structurant des milieux ruraux, urbains ou péri-urbains ».
Quelle évaluation sera donnée à chacun de ces critères ?
l’« obligation de replantation de haies au moins égale au linéaire détruit » n’a nullement la valeur compensatoire à la hauteur d’une haie « adulte » détruite : ni en terme d’existant immédiat (un kilomètre de haie « mature » équivaut à un hectare de forêt en bien des aspects (surface foliaire, abri faune, économie du bois…) , ni à long terme (près d’un quart des plantations breizh-bocage sont détruites avant dix ans, dans un contexte de changement climatique accentuant d’autant la pression sur de jeunes plants.)
Dans un contexte d’urgence écologique et environnemental, L’association "l’Arbre Indispensable" apporte un avis très défavorable au Projet de décret fixant les règles et procédures applicables à la destruction de haies.
La réglementation visant à protéger le si peu du restant de haie (80 % du linéaire détruit, les 90 % restant étant en sénescence avancé) doit donc d’abord être renforcé et plus encore, les moyens d’appliquer la réglementation sur le terrain doivent être rendu effectifs.
L’association a élaboré la Charte de "l’Arbre Indispensable" qu’elle met à disposition de tous (https://larbreindispensable.wordpress.com/la-charte-de-larbre-indispensable/) ;