Projet de décret inscrivant le silure sur la liste des espèces susceptibles de provoquer des déséquilibres biologiques
Consultation du 14/02/2026 au 16/03/2026 - 3170 contributions
Le silure glane, originaire d’Europe de l’Est et d’Asie centrale, s’est propagé sur la quasi-totalité du réseau hydrographique de la France métropolitaine.
L’impact du silure sur les poissons migrateurs amphihalins, c’est-à-dire vivant alternativement dans les eaux douces et dans les eaux salées, est désormais incontestable au vu des études scientifiques. Des constats similaires sont dressés dans les autres pays d’Europe où le silure a été introduit.
Des pêches visant à réduire la prédation exercée par le silure à l’encontre des poissons migrateurs sont réalisées dans les bassins de la Garonne et de la Dordogne depuis 2021. Elles sont recommandées à proximité des obstacles à la migration, ainsi qu’à proximité des frayères à aloses, car le mode de reproduction particulier de ces espèces (« bulls ») les rend alors particulièrement vulnérables aux attaques de silures. Elles ont permis de conclure que trois engins sont à la fois efficaces pour capturer des silures et suffisamment sélectifs, c’est-à-dire qu’ils permettent d’éviter suffisamment les prises accessoires ou les mortalités : le filet tramail à mailles carrées de 135 mm de côté, le piège de type « verveux » à mailles carrées de 27 mm minimum de côté et la ligne de fond (ou « cordeau »). Les trois engins sont également complémentaires, chacun étant adapté à un contexte particulier (salinité, courant, etc.)
La stratégie de réduction des impacts de la prédation du silure sur les populations de poissons migrateurs repose notamment sur une évolution du statut réglementaire de l’espèce silure, dans les bassins Adour-Garonne et Loire-Bretagne dans un premier temps.
Le silure doit y être classé comme « espèce susceptible de causer des déséquilibres biologiques » en application de l’article L. 432-10 (1°) du code de l’environnement, ce qui formalisera, au point de vue juridique, la nécessité de lutter contre sa propagation et rendra plus lisible l’action de l’Etat.
La consultation du public a lieu du samedi 14 février au lundi 16 mars 2026.
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2 décembre 2025
Commentaires
Sur la forme, j’espère que cette démarche ne soit pas tronquée par sa temporalité et l’esprit dans laquelle elle intervient.
Les 2,5 millions de pratiquants de la pêche de loisir attendent bien plus de la part de leurs autorités qu’un nouveau sujet de division à l’heure où leur loisir est sacrifié sur l’hôtel de la biodiversité.
En atteste la mise en œuvre de quotas sur la pêche en mer avant même les premiers retour statistiques issus des déclarations.
Comprenez que votre action s’inscrit dans un tout qui impose à chacun de garder de la mesure dans un contexte où notre loisir est la proie d’attaques irascibles de la part d’une minorité absolue d’animalistes qui construisent leur identité sur le dénigrement de pratiques séculaires.
Sur le fond, je n’admets pas que la science puisse subitement être érigée en caution pour éradiquer une espèce établie dans nos eaux depuis plus de trente ans.
Si bien construite soit-elle, cette étude demeure lacunaire au regard de la pluralité des milieux.
Il est irresponsable et dangereux d’en extraire une conclusion universelle intronisant la suppression d’une espèce.
Le simple fait d’avoir engagé ce débat relance d’ailleurs l’opprobre sur une espèce qui ne pose plus de problème majeur dans de très nombreux milieux.
Pour ce qui est du déclin des populations de migrateurs, son origine est pluri factorielle.
Il est plus simple d’entreprendre la problématique sans en traiter sa composante humaine : réchauffement climatique, surpêche en embouchures, continuité des milieux
Même s’il est cette fois ci poussé à son paroxysme, ce deux poids deux mesures contre le silure n’a rien de nouveau.
A titre d’exemple, le silure fait actuellement l’objet d’un braconnage massif dans le sillon rhodanien pour être vendu comme produit de consommation des pays de l’est sans que personne ne daigne s’emparer de la problématique à sa juste mesure.
Enfin, si l’enjeux est la préservation de nos milieux halieutiques, il est grand temps que toute cette énergie soit déployée par le législateur pour juguler l’incontestable explosion des populations de cormorans plutôt que de se laisser berner par des comptages de lobbyistes et de craindre les incidences de la nécessaires mise en œuvre de mesures de régulation.
Pour l’ensemble des ces raisons, je suis profondément contre ce projet de décret.
Je suis pêcheur et je m’oppose au classement du silure (Silurus glanis) comme espèce susceptible de provoquer des déséquilibres biologiques.
Le silure est présent dans nos rivières depuis plusieurs décennies et fait désormais partie de l’écosystème. Dans de nombreux grands fleuves, aucune étude scientifique ne démontre un impact généralisé sur les populations de poissons.
Le déclin des espèces migratrices est principalement lié à d’autres facteurs bien connus :
- les barrages et obstacles à la migration
- la dégradation des habitats
- la pollution et la qualité de l’eau
- les changements hydrologiques et climatiques
Faire du silure un responsable principal est une simplification excessive d’un problème beaucoup plus complexe.
Par ailleurs, le silure représente aujourd’hui un atout important pour la pêche de loisir et le tourisme halieutique dans de nombreux territoires.
Une gestion raisonnée doit reposer sur des études scientifiques locales et sur la restauration des milieux aquatiques plutôt que sur le classement d’une espèce déjà bien intégrée dans les écosystèmes.
Pour ces raisons, je suis défavorable à ce projet de décret
Le classement en ESPDB du Silure validerait en l’état le statut de « bouc émissaire » du Silure, quant à la diminution des stocks de poissons migrateurs.
Le risque est de détourner l’attention des pressions historiques exercées les migrateurs (changement climatique, obstacles à la continuité écologique, dégradation des habitats, pollutions, surpêche…).
Sur la Garonne et la Dordogne, les taux de prédation observés sur les lamproies marines et les aloses sont fortement liés à la présence d’obstacles (barrages, passes à poissons) couplées aux conditions hydrologiques défavorables, qui concentrent les proies et les rendent plus vulnérables (Bouletreau et al., 2020, Verdeyroux, 2022).
Les attaques sur les frayères d’aloses sont ponctuelles (taux d’attaque de 7,18% des bulls) et ne remettent pas en cause la reproduction de ces espèces (Davitoglu et al., 2025).
Le Silure est une espèce largement répandue en Europe centrale et en Europe de l’Est. Il fait partie d’écosystèmes regroupant près de 100 espèces piscicoles, dont presque toutes celles qui sont présentes en France, avec qui il évolue depuis des milliers d’années sans avoir provoqué de déséquilibre biologique.
Priorité aux solutions alternatives
La règlementation actuelle permet d’ores et déjà de mettre en place des solutions alternatives et ciblées, dès lors que les enjeux le nécessitent, au droit des ouvrages notamment.
Améliorer la franchissabilité des obstacles pour les migrateurs amphihalins constitue l’une des mesures principales permettant de réduire leur vulnérabilité face à la prédation (Groupe Migrateurs Garonne, 2022).
D’autre part, les zones critiques (aval des barrages, frayères) peuvent faire l’objet de mesures ponctuelles et adaptées (effarouchement temporaire, pêche sélective) plutôt qu’une régulation généralisée.
- La dégradation de l’état de conservation des migrateurs amphihalins est antérieure à l’explosion démographique du silure.
- Le prélèvement de l’espèce, notamment aux abords des ouvrages bloquants est déjà possible.
- De façon générale, la régulation des populations aquatiques se révèle complexe et coûteuse et il convient de rappeler qu’à de rares exceptions près, l’éradication est généralement hors de portée.
L’Association Régionale des Fédérations de Provence Alpes Côte d’Azur pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique (ARFPPMA PACA), association Loi 1901 existante depuis 2003, agréée au titre de la protection de l’environnement au niveau régional par un arrêté du préfet de région renouvelé en Mai 2023 et habilitée à participer au débat sur l’environnement dans le cadre d’instances consultatives régionales par un arrêté préfectoral régional renouvelé en Avril 2024, représentant près de 60 000 pêcheurs en région Provence Alpes Côte d’Azur ainsi que la défense des milieux aquatiques ainsi que de l’ensemble des espèces composant la richesse de sa biodiversité aquatique est légitime pour émettre un avis sur la consultation publique relative au projet de décret visant à inscrire le Silure (Silurus glanis) sur la liste des Espèces Susceptibles de Provoquer des Déséquilibres Biologiques (ESPDB) en France.
En effet, si notre région n’est pas directement impactée par ce projet de décret, il est sous-entendu que ce projet de décret serait évolutif et ainsi que tout autre bassin versant, sur lequel la prédation du Silure serait suspectée dans l’échec de la reproduction des migrateurs ou l’évolution négative de leurs stocks, pourrait ultérieurement être ajouté au décret.
On pourrait donc en peu de temps assister à une certaine « nationalisation » de ce projet de décret. On pourrait donc craindre assez légitimement que cela fasse ressurgir la demande de classification en Espèce Exotique Envahissante (EEE) au niveau national, comme cela a déjà été le cas dans un passé pas si lointain, étant donné que la stratégie nationale EEE devra faire l’objet d’une révision d’ici 2030.
Or, nous constatons déjà une demande territoriale forte, provenant de certains écologistes et naturalistes, pour une classification à l’échelle régionale (cas de la stratégie régionale EEE d’Occitanie qui a été validée, limitrophe à notre région) voire à l’échelle de bassin (cas de la stratégie EEE de l’axe Rhône, en cours de finalisation et pouvant impacter directement notre région) du Silure sans mesure et sans connaissance d’impact de l’espèce sur la biodiversité des cours d’eau ou plans d’eau qui seraient concernés localement.
Au-delà de cela, nous savons que certains gestionnaires éliminent déjà le Silure lors de prise dans des pêches d’inventaires ou de sauvegarde par exemple sur le bas Rhône alors même que l’espèce ne fait pas l’objet ni d’un classement en ESPDB ni en EEE sur ce territoire. Ce qui interroge par ailleurs sur les méthodes mises en place sur le terrain vis-à-vis de ces éliminations. Nous ne sommes pas sûr qu’un équarrissage (pourtant obligatoire à partir de 40 kg) soit mis en œuvre et nous nous interrogeons sur les impacts tant sanitaires que sociales à minima lors de carcasses qui seraient laissées en bord de cours d’eau ou plan d’eau.
D’autant que cela impacte négativement l’image de notre loisir (et donc économiquement et socialement aussi) alors que de telles pratiques ne sont pas réalisées par nos pêcheurs qui, soient pratiquent le no-kill vis-à-vis de cette espèce, soit le prélèvent pour le consommer en famille.
Or, au regard du rapport d’expertise relatif à l’état des connaissances des populations du Silure (Silurus glanis) et de ses impacts sur la gestion équilibrée des populations piscicoles - Nicolas Poulet, Laurent Beaulaton, Olivier Cardoso, Gaël P.J. Denys, Pierre Boyer. Rapport d’expertise relatif à l’état des connaissances des populations du Silure Silurus glanis et de ses im- pacts sur la gestion équilibrée des populations piscicoles. OFB, Office Français de la Biodiversité. 2026, pp.45. hal-05469256 et des conclusions de ce dernier, nous jugeons que ce projet de décret est inutile, inefficace et dangereux et nous expliciterons nos motifs ci-après.
Aussi, nous sommes entièrement défavorables à ce projet de décret et nous allons expliciter nos raisons ci-dessous.
Sur le statut biogéographique de l’espèce : le rapport de l’OFB mentionné ci-avant précise bien que l’espèce est autochtone en France, à minima sur certains bassins versants du Rhin, de la Meuse et de l’Escaut où de récents travaux en archéologie ont permis de démontrer qu’il était naturellement présent après les dernières glaciations, soit il y a – 9 000 ans.
Quant aux autres bassins versants où sa présence est avérée, il reste aujourd’hui encore difficile de savoir s’il est natif de ces bassins versants là ou issu uniquement de récentes introductions par manque de connaissance (l’ichtyo-archéologie étant peu développée en France du fait d’un faible nombre de spécialistes) et/ou de validation de la communauté scientifique de travaux plus récents (par exemple, les travaux de Denys et al. qui suggèrent que les restes de fossiles trouvés sur le bassin du Rhône notamment ne seraient pas celles de l’espère Silurus glanis mais d’une autre espèce de la famille des Siluridae éteinte depuis).
Par ailleurs, le Silure est listé à l’annexe III (faune protégée) de la Convention de Berne de 1979 relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe et figure également sur la liste des espèces de poissons « représentées » en France métropolitaine, au sens de l’article L. 432-10 (2°) du code de l’environnement, d’après l’arrêté ministériel du 17 Décembre 1985.
Cela n’a donc aucun sens de le considérer comme espèce exotique en France métropolitaine pour l’ensemble de ces raisons.
Sur le statut envahissant, il faudrait pouvoir démontrer le pouvoir invasif de l’espèce et le coupler avec un impact avéré et important d’un point de vue environnemental, économique et/ou sanitaire.
Or, comme d’autres espèces considérées à tort comme « envahissantes » (cas de la Perche Soleil en France par exemple), lorsqu’on prend le soin d’analyser véritablement la dynamique des populations de Silures on s’aperçoit qu’au bout d’un certain temps, dans un environnement donné, la population (et donc l’expansion géographique) du Silure tend, dans la grande majorité des cas, à se stabiliser voire se réduire là où il est présent.
C’est ce qui explique qu’il n’ait pas été ajouté lors de la récente mise à jour de la liste des espèces animales et végétales exotiques envahissantes du territoire de la France métropolitaine (arrêté du 2 mars 2023) – seule liste à vocation règlementaire valable en France.
Pour autant et comme explicité dans nos propos introductifs, un certain nombre d’acteurs continuent à utiliser des termes impropres afin de créer la confusion auprès notamment des gestionnaires voire de certains services de l’Etat eux-mêmes, ce qui est intolérable.
Par ailleurs, il nous paraît important de dissocier le caractère invasif d’une espèce piscicole et/ou astacicole en fonction du type de cours d’eau/plan d’eau, ce qui, en général n’est pas fait aussi lorsqu’on cherche à définir le caractère « envahissant » d’une espèce.
Quant aux impacts environnementaux, économiques et sanitaires de l’espèce, là encore il nous semble nécessaire de remettre le clocher au sein du village.
Le Silure, comme beaucoup d’autres poissons, est une espèce piscivore et opportuniste. De ce fait, sans remettre en cause l’impact de sa prédation sur des espèces à enjeux comme peuvent l’être les amphihalins, il nous paraît important, comme bien spécifié par le rapport de l’OFB, de ne pas écarter les pressions anthropiques historiques qui sont responsables du déclin de ces espèces sur notre territoire métropolitain (pollutions, rupture de la continuité écologique, mortalité causée par les barrages hydroélectriques, pêche professionnelle etc.).
En tant qu’espèce opportuniste, il est donc assez « normal », sans dire que cela ne soit pas impactant, qu’il profite des difficultés de franchissement des espèces, voire de leur fragilité compte-tenu des efforts à fournir en période de reproduction, pour se nourrir préférentiellement de ces espèces plutôt que d’autres.
Aussi, l’impact environnemental du Silure est limité, à priori en l’état des connaissances actuelles, à quelques espèces d’amphihalins (puisqu’on a vu que ce n’était pas le cas pour toutes, à l’image de l’Anguille européenne par exemple) et peut même être positif vis-à-vis de certaines autres espèces dites exotiques envahissantes (corbicules, écrevisses etc.) voire vis-à-vis de la pollution organique.
D’autant que « dans des conditions naturelles de fonctionnement du milieu, la prédation n’implique pas nécessairement un impact négatif sur les populations de proie, la prédation faisant partie des forces naturelles structurant les écosystèmes. Lorsqu’elles sont en bonne santé, les populations de proies développent des réponses démographiques à la pression de prédation et parviennent à maintenir un taux de croissance stable ou positif (p. ex. Reznick et al., 1997). Il est donc nécessaire d’aller au-delà de la présence ou de l’abondance de proies dans les contenus stomacaux pour étudier l’impact du silure à l’échelle des populations de proies », selon le rapport de l’OFB que nous approuvons.
L’impact économique est quant à lui plutôt positif à notre sens, tout au moins pour la pêche de loisir. En effet, un certain nombre des 1,4 Millions de pêcheurs de loisir en eau douce pêchent le Silure. De plus, ce type de pêche nécessite un matériel particulier qui peut coûter relativement cher, ce qui représente donc un certain poids économique.
L’impact économique positif est plus à nuancer pour la pêche professionnelle qui, connaissant une certaine crise structurelle accentuée par la raréfaction de certaines espèces exploitées jusqu’à présent comme l’Anguille européenne, le Saumon ou encore la Lamproie marine, essaie de développer des filières de valorisation du Silure en France dans certaines régions et en revend déjà aussi dans des pays de l’Est où sa chair est fortement appréciée et où il n’y a peut-être pas les mêmes points de blocage sanitaire qui peuvent compromettre le développement de sa valorisation commerciale en France.
Quant à l’impact sanitaire, le Silure, en tant que super prédateur, opportuniste, benthique, en grande espérance de vie et à chair musculaire grasse, présente toutes les caractéristiques d’une espèce très fortement bioaccumulatrice. De récentes analyses faites en France par l’OFB en attestent, montrant toutefois des différences de contamination sur les parties dorsales et caudales. Ainsi, des analyses plus poussées réalisées par l’ANSES ou tout au moins par des instances scientifiques reconnues et indépendantes permettraient de pousser les recommandations de consommation de Silure (individus d’une certaine taille maximale, filets dorsaux uniquement exploitables etc.) et donc de commercialisation possible par la pêche professionnelle (développement ainsi possible d’une filière de pêche durable autant pour les populations de Silures en France – mise en place de quotas de prélèvement, de tailles de captures etc. – que pour les consommateurs ).
Enfin, localement, là où il est prouvé que le Silure a un impact avéré, il sera effectivement nécessaire de trouver des solutions de gestion pour amoindrir ce dernier.
Lorsque l’impact induit résulte de la présence de barrages ou autres ruptures de la continuité écologique, pour nous la meilleure des solutions reste l’effacement de l’ouvrage de blocage lorsque cela est possible et sinon la mise en place d’un dispositif qui soit le plus efficace possible pour le franchissement de l’ouvrage afin que les espèces mettent le moins de temps possible et dépensent le moins d’énergie possible pour franchir la passe et éviter ainsi une prédation facilitée par les Silures. Ce dernier dispositif peut nécessiter la mise en place, conjointement, de mesures d’effarouchement dont certaines expérimentations ont été menées avec brio notamment autour de la reproduction de l’Alose sur certains bassins versants. Sur le Rhône, des études sont en cours dans le même sens, avec la participation, entre autres, de notre Union des Fédérations de Pêche et de Protection des Milieux Aquatiques de Rhône Méditerranée Corse, que nous suivrons dans l’avenir avec beaucoup d’attention.
Mais nous ne serons jamais favorables à des opérations de régulation que nous jugeons inutiles, inefficaces et très coûteuses sur des populations aquatiques que cela soit en eau libre comme dans des grands plans d’eau.
Rappelons que l’OFB précise dans son dernier rapport sur le Silure qu’« une modélisation de la dynamique de la population de silure de la Garonne aval a été proposée afin de simuler différents scénarios de gestion, concernant notamment l’effort de pêche (en termes de nombre d’individus prélevés) et de durée de plan de gestion (communication F. Santoul, 2023). A partir des hypothèses formulées, l’éradication du silure serait atteinte en 30 ans environ avec un effort de prélèvement de 3500 individus par an et une taille minimale de 75 cm ».
Par ailleurs, quand bien même l’éradication d’une espèce puisse être réalisable dans de rares cas, elle occasionnerait inévitablement des impacts collatéraux sur d’autres compartiments de la biodiversité aquatique qui seraient inacceptables à notre sens.
Pour conclure, et quand bien même nous n’y soyons pas favorables pour les raisons évoquées ci-dessus, il nous semble important de rappeler également que des mesures de régulation peuvent (et le sont notamment sur les bassins concernés par ce projet de décret) déjà être envisagées sur des sites présentant des enjeux majeurs pour les migrateurs amphihalins dans le cadre d’autorisations de pêche exceptionnelle (art. L. 436-9 code environnement) dépourvues d’incidences significatives sur d’autres espèces de la faune aquatique.
A ce titre-là, il nous paraît crucial de veiller à ce que l’élaboration et le suivi des projets de régulation soient bien confiés à des instances scientifiques reconnues et indépendantes, qui définiront les objectifs, le protocole et les indicateurs de suivi. Et qu’en parallèle, des travaux de recherche soient menés afin d’améliorer les connaissances sur la dynamique des populations de Silures, les impacts écologiques, l’efficacité des actions de conservation des migrateurs amphihalins à différents niveaux (individus, populations, espèces) et les conséquences des prélèvements de Silures effectués par la pêche aux engins, comme préconisé par l’OFB dans son dernier rapport.
Pour toutes ces raisons, si le seul but de ce projet de décret était de « formaliser, au point de vue juridique, la nécessité de lutter contre la propagation du Silure et rendre plus lisible l’action de l’Etat » comme énoncé dans ce projet d’arrêté dans l’objet de la consultation publique, nous jugeons l’argument irrecevable et affichons donc un avis strictement défavorable au projet.
Pour faire valoir ce que de droit.
Le Président de l’AR PACA,
Luc ROSSI
Le silure est une espèce protégée par la convention de Berne en annexe III comme le grand cormoran qui par ailleurs n’est pas cité pour son impact de chasse en groupe sur les poissons migrateurs alors qu’ils profitent également des rassemblement de ces derniers au pieds des barrages.
Le silure est un poisson européen anciennement présent en France avant les glaciations (fossiles) mais également pendant la période romaine (textes, images,…), s’il a été fortement réintroduit par l’homme initialement pour des raisons économiques, il aurait de toute façon colonisé le territoire par lui-même grâce aux réseaux de canaux, comme le fait l’aspe en ce moment, et par la transformation de nos cours d’eau plus favorable à l’espèce.
Les barrages sont les principaux obstacles aux poissons migrateurs, et responsables de la diminution de leur population bien avant l’arrivée du silure.
Le silure, comme tout poissons carnassier, a un comportement autorégulateur afin de maintenir sa population, les jeunes silures vivant dans le même milieu que les individus plus gros sont régulièrement consommés par ces derniers.
Il suffit d’observer sur les fleuves colonisés précocement par le retour du silure (Rhône, Saône) que l’augmentation de la taille des silures entraîne la diminution de la populations des jeunes, sans impact sur les poissons migrateurs (aloses, anguilles) qui même s’ils sont consommés ponctuellement, montrent un retour marqué.
L’accumulation en métaux lourd et pcb va entraîner un problème pour leur élimination étant considérés comme non consommables mais également comme matériel contaminé nécessitant un traitement particulier.
La pêche professionnelle voyant une baisse de revenu avec les poissons migrateurs surexploités, se réoriente sur les jeunes silures consommables, l’élimination des gros individus augmentant leur population. Confirmation par la déclaration d’un pêcheur professionnel lors d’un reportage sur un journal TV.
Contrairement aux apparences, les gros silures ont un besoin moindre en nourriture que les jeunes qui ont besoin de grandir rapidement pour échapper à la prédation des gros.
Ceux-ci auront un impact plus important sur les poissons migrateurs.
Le silure est également un mauvais chasseur, ayant une vision faible et une nage peu rapide, il se nourrit principalement de ce qui tombe dans ses moustaches, s’il a eu un impact effectif sur le poisson chat et la tortue de floride espèces à nage lente (et accessoirement EEE), aucun impact n’a été observé sur les autres espèces (Etude CSP), l’impact sur les poissons migrateurs, s’il existe, est plus dû aux regroupement des poissons aux pieds d’obstacles de migration et c’est de ce côté-là qu’il faudrait trouver une solution.
Par ailleurs, aucune étude n’a été réalisée sur l’impact des grands cormorans sur les poissons migrateurs au niveau des barrages, des études réalisées sur leur impact sur des rivières à ombres et truites sont pourtant sans équivoques.
Quand à l’impact de la pêche professionnelle, même s’il commence à être pris en compte avec la réduction de la flotte de pêche, il suffit d’observer la hausse des remontés des poissons migrateurs lors de la période du Covid-19, quand les pêcheurs professionnels étaient confinés mais pas les silures…
Romain S, écologue de formation, spécialisé en milieux aquatiques
Synthèse documentée des impacts du silure (Silurus glanis) sur les écosystèmes aquatiques français depuis son introduction, basée sur les études et rapports les plus récents (2020-2026) :
1. Contexte et expansion du silure en France :
Le silure glane, originaire d’Europe de l’Est, a été introduit en France dans les années 1970-1980, principalement par des pêcheurs. Depuis, il s’est répandu dans la plupart des grands bassins fluviaux (Loire, Garonne, Rhône, Seine, etc.), profitant des canaux et de la fragmentation des cours d’eau. Sa taille imposante (jusqu’à 2,5 m) et son régime alimentaire opportuniste en font un prédateur redouté, mais aussi un sujet de controverse scientifique et médiatique (journals.openedition.org+2).
2. Impacts sur la biodiversité et les écosystèmes :
a. Prédation sur les espèces locales et migratrices
- Espèces migratrices (saumon, alose, lamproie) :
Plusieurs études soulignent que le silure consomme des poissons migrateurs, notamment lorsqu’ils sont bloqués au pied des barrages. Cependant, son rôle exact dans le déclin de ces espèces reste débattu. Certaines études (comme celle du barrage du Carandeau) montrent que la prédation n’est pas systématique et dépend des conditions locales (température, disponibilité des proies, obstacles à la migration). (afpcvl.federationpeche.fr).
- Espèces autochtones :
Le silure est souvent accusé de perturber l’équilibre des écosystèmes en prédatant des espèces locales, mais les données manquent pour établir un lien de causalité direct avec le déclin des populations de poissons, ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas un facteur aggravant qui s’additionne aux autres (réchauffement climatique, pollutions diverses, actions anthropiques diverses et variées… (journals.openedition.org+1).
Adaptation et opportunisme :
Le silure se nourrit de presque tout ce qu’il peut trouver de nutritif dans son environnement, de poissons, d’oiseaux, de mammifères autochtones mais aussi d’autres espèces invasives (comme la corbicule asiatique), ce qui complexifie l’évaluation de son impact (réelnationalgeographic.fr). Au mieux il est un compétiteur alimentaire des poissons carnassiers en place, au pire, il se comporte comme un superprédateur capable de les supplanter (capacités de reproduction, large éventail de son bol alimentaire, tailles atteintes, capacité à s’adapter à de nombreux écosystèmes aquatiques aux paramètres distincts…). Dire qu’il est cannibale et s’autorégule sous-entend qu’il a déjà supplanté les autres grands carnassiers autochtones et fait disparaître les poissons fourrages (brochets et perches) et allochtones (Sandre et black-bass), ce qui n’est pas un argument réellement en sa faveur…
b. Effets sur la structure des communautés piscicoles :
Augmentation de la taille refuge :
- La présence du silure, plus grand que les prédateurs natifs, modifie la taille maximale à laquelle les proies échappent à la prédation, ce qui peut affecter la dynamique des populations de poissons (observatoire-poissons-migrateurs-bretagne.fr).
- Absence de régression généralisée :
Malgré les craintes, aucune étude ne démontre pour l’instant un impact majeur et généralisé sur les populations de poissons non migrateurs ou sur l’anguille (afpcvl.federationpeche.fr), ce qui ne veut pas dire qu’elles soient suffisantes mais plutôt incomplètes ou non financées à l’échelle nationale.
3. Controverses et gestion de l’espèce :
Statut juridique :
- Le silure est actuellement au cœur d’un débat sur son classement comme espèce susceptible de provoquer des déséquilibres biologiques (ESPDB). Une consultation publique est en cours en 2026 pour les bassins Adour-Garonne et Loire-Bretagne, mais les avis scientifiques restent partagés et peut-être en nombre insuffisant (carpcollector.fr+1).
Rôle écologique :
Certains chercheurs soulignent son rôle dans la régulation des populations de poissons et la (re?)structuration des écosystèmes, notamment en tant que prédateur de haut niveau (rôle qui était auparavant détenu par les brochets et les perches puis par l’association brochet/perche/sandre, sauf que le sandre n’atteint pas 2.5 m de longueur) (peche.com).
Facteurs aggravants :
Plus que sa seule présence, la dégradation des habitats (barrages, pollution…) et le changement climatique favorisent son expansion, mais on peut au moins supposer qu’il n’arrange pas les choses… particulièrement dans le maintien des populations de brochet qui sont à l’heure actuelle menacées (nationalgeographic.fr) et plus généralement de la biodiversité aquatique comme la plupart des espèces introduites avec de fortes capacités d’adaptation (dites espèces rustiques).
4. Perspectives :
- Renforcer les études :
Les experts recommandent de poursuivre les recherches, notamment via des relevés stomacaux et des suivis par vidéosurveillance, pour mieux comprendre son régime alimentaire et son impact réel (cnrs.hal.science).
- Gestion adaptative :
Plutôt que des mesures radicales (éradication), une gestion ciblée (régulation des populations, restauration de la continuité écologique, préservation des espèces en voie de disparition, limitation des prélèvements…) est à privilégier (cnrs.hal.science+1).
Au minimum l’empêcher, par une forte régulation et classification juridique d’investir les eaux de premières catégories et de limites première/seconde catégorie. Son éradication sur les grands fleuves semble assez illusoire au regard de sa rusticité, mais la sélection prioritaire des très gros sujets ou l’encouragement à son prélèvement pour la consommation de bouche peut contribuer à atténuer ses possibles impacts sur les espèces autochtones, mais cela va l’encontre d’intérêts qui vont au-delà de la préservation de l’environnement ou d’un pure raisonnement écosystémique (l’économie du tourisme liée à la pêche sportive de ce poisson oppose une forte résistance à une quelconque classification de cette espèce pouvant occasionner des déséquilibres écologiques).
- Communication :
Les médias et le grand public perçoivent souvent le silure comme une menace, mais les données scientifiques souvent très incomplètes et insuffisamment financées appellent à une approche nuancée, car faisant appel à d’autres problématiques graves de la gestion des milieux aquatiques : réchauffement climatique, pollutions anthropiques, canalisation des cours d’eau, barrages… qui sont tout aussi préoccupantes que l’introduction du silure qui ne serait, en étant imagé, que la cerise sur la gâteau ou le dernier coup de marteau pour enfoncer le clou de la dégradation de nos réseaux hydrographiques.
Il faut donc détendre et dépassionner les polémiques et donner le temps et les moyens à nos scientifiques d’établir des recherches fournies et documentées sur le réel statut du silure, mais ne pas tarder à les effectuer, sous peine d’encourir le risque d’une diminution de la biodiversité aquatique qui sera sûrement définitive.
Références bibliographiques :
Rapport OFB (2026) cnrs.hal.science
Étude Carandeau (2020)
Projet SilVil (Vilaine)
Analyse médiatique (VertigO)
Limites de ces références scientifiques et bibliographiques trop peu nombreuses :
- Manque de recul sur le long terme de la plupart des rares études sur le sujet du silure.
- Données limitées à un site et une courte période.
- Méthodologie en cours d’affinement.
- Biais médiatiques et sensationnalisme de certains articles qui attisent les conflits.
- Intérêts économiques et financiers autour de cette espèce qui génère un activisme qui ne représente pas toujours l’ensemble de la communauté des pêcheurs sportifs.