Projet d’arrêté modifiant les cahiers des charges des éco-organismes et des organismes coordonnateurs de la filière à responsabilité élargie du producteur des pneumatiques annexés à l’arrêté ministériel du 27 juin 2023
Consultation du 10/02/2026 au 05/03/2026 - 81 contributions
En application du 16° de l’article L. 541-10-1 du code de l’environnement, les pneumatiques relèvent de l’obligation de responsabilité élargie du producteur (REP). Les dispositions relatives à la gestion des déchets qui en sont issus et à l’organisation de la filière REP sont fixées par le décret 2023-152 du 2 mars 2023 et l’arrêté ministériel du 27 juin 2023 portant cahiers des charges des éco-organismes, des systèmes individuels et des organismes coordonnateurs de la filière à responsabilité élargie du producteur des pneumatiques.
Cet arrêté fixe notamment les obligations des organismes agréés en ce qui concerne les objectifs de valorisation des pneumatiques usagés et des déchets de pneumatiques, en particulier en ce qui concerne le rechapage des pneumatiques de véhicules légers (voitures particulières par exemple).
Afin de développer ce mode de valorisation et d’améliorer la compétitivité des pneus rechapés, le présent projet d’arrêté introduit une obligation pour les éco-organismes agréés de soutenir financièrement les opérations de rechapage, lorsque ces opérations respectent le principe de proximité. Le montant du soutien financier est fixé à un minimum de 6 € par pneu rechapé mis sur le marché national.
Le projet d’arrêté prévoit que les obligations de soutien financier sont réparties entre les éco-organismes agréés au prorata des quantités de pneumatiques neufs qui ont été mis sur le marché national l’année précédente par leurs adhérents respectifs, et qu’elles fassent ainsi l’objet d’un équilibrage financier entre éco-organismes agréés.
Il révise également les objectifs de rechapage des pneumatiques de véhicules légers de manière à lisser la trajectoire de développement du rechapage en tenant compte des capacités industrielles disponibles.
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Le projet d’arrêté comporte trois articles et deux annexes.
L’article 1 précise que le cahier des charges des éco-organismes agréés pour la filière des pneumatiques est modifié par l’annexe I du projet d’arrêté, et que le cahier des charges des organismes coordonnateurs est modifié par l’annexe II.
L’article 2 précise que les éco-organismes et les organismes coordonnateurs sont tenus de transmettre dans le délai d’un mois les éléments permettant de répondre aux obligations introduites par le projet d’arrêté (contrat-type de soutien financier au rechapage et formule d’équilibrage des obligations entre éco-organismes).
L’article 3 est l’article d’exécution.
L’annexe I modifie les objectifs de rechapage des véhicules légers, en baissant l’objectif cible pour 2028 de 10% à 5%.
Cette annexe introduit également l’obligation de soutien financier par les éco-organismes agréés aux opérateurs du rechapage dès lors que les opérations sont réalisées à partir de pneumatiques usagés collectés sur le territoire national et qu’elles sont réalisées à moins de 1500 km du lieu de collecte (principe de proximité).
Pour l’octroi de ce soutien financier, les éco-organismes sont tenus de proposer un contrat-type établi selon les dispositions de l’article R. 541-104 du code l’environnement, accessible à toute personne qui en fait la demande et s’engage à en respecter les clauses, dans lequel le montant du soutien financier sera fixé a minima à 6 € par pneu rechapé mis sur le marché national.
Enfin, cette annexe prévoit le principe de la répartition de l’obligation de soutien entre éco-organismes au prorata des quantités de pneumatiques mis en marché par les adhérents respectifs des éco-organismes l’année précédente.
L’annexe II modifie le cahier des charges des organismes coordonnateurs pour prévoir que la répartition des obligations de soutien financier au rechapage fait l’objet d’un équilibrage financier entre éco-organismes, et que cet équilibrage financier est calculé en prenant comme référence le montant du soutien financier fixé à 6 € par pneu rechapé.
Commentaires
Bonjour,
je n’ai pas monté de pneu réchappé depuis 25 ans, car les performances, la sécurité et la durée de vie ne peuvent pas être au RDV.
Les pneus on les uses jusqu’au bout et après il faut surtout en faire une bonne valorisation dans la filière de retraitement.
De plus, la filière du pneu dans sa globalité sera impactée par cette mesure de gabegie, y compris les usagers.
Il faut surtout relocaliser la filière du pneu neuf et encourager les mesures vertueuses de valorisation.
Absence totale d’étude préalable :
En 2023, l’objectif de rechapage VL avait été fixé à 10% pour 2028, puis maintenant , dans le cadre de ce projet de texte, cet objectif a été fixé à 5 % sans étude sérieuse justifiant ce seuil ou validant le gisement réel de carcasses. De même, le montant de 6 euros par pneu ne repose sur aucune analyse économique crédible.
Méthode inacceptable et manque de concertation :
Cette révision est menée à la hâte, sans échange constructif avec les éco-organismes. Le délai de 11 jours pour la consultation s’apparente à une politique du "fait accompli".
Bénéfice environnemental non démontré :
Si le réemploi est une priorité, le rechapage VL n’a jamais été évalué. Des tests indépendants indiquent même une résistance au roulement accrue, augmentant la consommation de carburant et les émissions de CO₂ jusqu’à 25 % par rapport à un pneu neuf. Des études indépendantes, préconisées par l’ADEME, sont indispensables avant toute décision.
Impact financier colossal :
Le coût pour la filière est estimé à 15,5 M€. Cette hausse de 20 % de l’éco-contribution interviendrait alors que les budgets sont déjà établis. Si le projet est maintenu, son application devrait être reportée au 1er janvier 2027.
Impossibilité technique du contrat type :
L’arrêté exigerait une traçabilité à l’unité de pneu (entrée et sortie ( ainsi que la destination finale) des sites de rechapage), information qui n’est pas gérée actuellement. Cette exigence de contrôle est quasi impossible à mettre en œuvre et serait certainement pas acceptable par l’entreprise contrôlée.
Soutien paradoxal aux rechapages étrangers :
En prévoyant de subventionner tout opérateur situé à moins de 1 500 km, le projet pourrait financer des usines hors de nos frontières (Italie, Roumanie, Espagne, etc…), contredisant l’objectif de soutien à l’industrie nationale.
A l’heure de la sécurité routière absolue, monter du pneu rechapé expose les automobilistes à de graves dangers.
Nous, professionnels et acteurs de la réparation automobile, jamais nous ne proposerons des pneus rechapés à nos clients qui présentent un risque à l’usage et dans le temps ( constaté lors de nos inspections sur entées atelier).
Le projet d’arrêté et la modification du cahier des charges qui l’accompagne appellent d’Aliapur les observations suivantes.
Au préalable, Aliapur s’étonne fortement qu’aucune concertation n’ait été menée avec les parties prenantes sur la modification envisagée du cahier des charges, alors même que celle-ci prévoit de mettre à la charge des éco-organismes une nouvelle obligation financière impactant très fortement et à bref délai (deux mois après l’entrée en vigueur du texte) leur équilibre budgétaire.
1. Sur la révision à la baisse de l’objectif de rechapage en 2028
Aliapur prend acte de la division par deux (5% au lieu de 10%) de l’objectif de rechapage des pneumatiques usagés des véhicules légers en 2028. Si une telle révision à la baisse de l’objectif paraît plus réaliste, cela démontre que l’objectif avait initialement été fixé de manière arbitraire, en l’absence de données fiables sur le gisement disponible et sans qu’une évaluation préalable de la capacité industrielle et technique à mener les opérations de rechapage sur le territoire national ait été réalisée.
Or, la seule entreprise de rechapage installée sur le territoire national (Blackstar) fait actuellement l’objet d’une procédure de sauvegarde.
Dans ce contexte, Aliapur propose à nouveau que, préalablement à la fixation d’un objectif de pneumatiques rechapés pour 2028, les pouvoirs publics modifient le cahier des charges pour imposer en 2026, le cas échéant aux éco-organismes sous l’égide de l’ADEME, la réalisation d’une étude sur le gisement disponible et une évaluation concrète de la capacité, sur le plan industriel et technique, à atteindre en France le moindre objectif en termes de rechapage.
2. Sur la fixation d’un soutien financier minimal pour le rechapage des pneumatiques des véhicules légers
Le projet d’arrêté prévoit de modifier le cahier des charges afin d’imposer aux éco-organismes de verser un soutien financier d’au moins six euros par pneumatique de véhicules légers usagé mis sur le marché national ayant fait l’objet d’une opération de rechapage. Aliapur s’oppose fermement à une telle modification pour les raisons suivantes :
- Un tel montant n’est pas justifié et ne repose sur aucune donnée robuste, à défaut d’avoir été précédé de la moindre étude fiable sur le gisement et les coûts de rechapage ;
- L’impact financier pour les éco-organismes n’a manifestement pas été pris en compte par les pouvoirs publics. Pour Aliapur, le coût de ce soutien est estimé à 1,8 million d’euros en 2026, qui n’ont dès lors pas pu être anticipés par les éco-organismes ; Pour l’ensemble de la filière cela représente une augmentation de 20% de l’écocontribution pour les pneus de véhicules légers.
- La légalité d’un tel soutien financier n’est pas établie, tant au regard de la législation des aides d’Etat que de l’exigence de bon rapport coût-efficacité qui encadre l’utilisation des contributions financières. Sur ce dernier point, des analyses tendent à remettre en cause l’intérêt sur le plan environnemental du rechapage VL et requièrent donc la réalisation d’un bilan environnemental complet à partir d’une analyse du cycle du Vie du produit « Pneu rechapé VL » (ACV). Enfin Aliapur rappelle que les pneus de véhicule légers ne sont pas conçus pour être rechapés, contrairement aux pneus pour véhicules poids-lourd, ce qui pose naturellement la question de la sécurité d’une telle opération.
Ces éléments confirment la nécessité de disposer de données fiables et objectives avant de fixer des objectifs de rechapage des pneumatiques ainsi que, si nécessaire, d’identifier les mesures susceptibles d’être mises à la charge des éco-organismes.
Contribution de l’𝗔𝗹𝗹𝗶𝗮𝗻𝗰𝗲 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗹𝗮 𝗤𝘂𝗮𝗹𝗶𝘁𝗲́ 𝗱𝗲 𝗹’𝗔𝗶𝗿
Ce projet d’arrêté a pour objectif de développer le rechapage comme mode de valorisation des pneus usagés.
Mais le rechapage est-il pertinent d’un point de vue environnemental ?
L’empreinte environnemental du pneu, ce n’est pas sa production ni sa commercialisation.
C’est son utilisation durant toute sa vie de pneu. Moins un pneu offrira de la résistance au roulement, moins le véhicule consommera d’énergie et moins le pneu polluera. Or, les pneus rechapés ont une 𝗿𝗲́𝘀𝗶𝘀𝘁𝗮𝗻𝗰𝗲 𝗮𝘂 𝗿𝗼𝘂𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝟮𝟱% 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗶𝗺𝗽𝗼𝗿𝘁𝗮𝗻𝘁𝗲 𝗾𝘂’𝘂𝗻 𝗽𝗻𝗲𝘂 𝗻𝗲𝘂𝗳 𝗽𝗿𝗲𝗺𝗶𝘂𝗺.
En promouvant le pneu rechapé, le ministère va augmenter la quantité d’énergie dépensée par les voitures qui en seront équipées.
C’est la raison pour laquelle l’Alliance pour la Qualité de l’Air demande la communication d’études sur les impacts environnementaux des pneus VL rechapés.