Plan National d’Actions 2023-2032 en faveur de l’Epipactis du castor et des forêts alluviales du Rhône
Consultation du 08/06/2026 au 29/06/2026 - 4 contributions
Dans le cadre de la stratégie nationale pour la biodiversité, la France consacre un effort particulier à la préservation des espèces les plus menacées présentes sur son territoire.
Pour ces espèces, le ministère de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature met en place des plans nationaux d’actions, qui constituent un outil complémentaire au dispositif législatif et réglementaire les protégeant. Ces plans visent la sauvegarde des espèces végétales et animales les plus vulnérables pour lesquelles la France a une responsabilité patrimoniale.
Le PNA en faveur de l’Epipactis du Castor Epipactis fibri et des forêts alluviales du Rhône a pour ambition la conservation de cette espèce endémique dont la taxinomie reste toutefois à préciser, et la préservation des habitats naturels des ripisylves du Rhône.
Le PNA s’articule autour de quatre enjeux principaux : la préservation des derniers îlots forestiers ; l’accompagnement d’un processus de reforestation ; la prise de conscience de la valeur des forêts alluviales en tant que patrimoine commun ; la complémentarité avec les autres programmes. Il se décline en 7 objectifs et 16 actions.
Le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) a donné un avis favorable à ce projet de PNA.
Commentaires
Dans le cadre de la consultation publique du Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, le CNPF souhaite se prononcer sur le projet de PNA en faveur des forêts alluviales du Rhône et de l’Epipactis du Castor.
Dans le cadre de la consultation publique du Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, le CNPF souhaite se prononcer sur le projet de PNA en faveur des forêts alluviales du Rhône et de l’Epipactis du Castor.
Aucun diagnostic n’est réalisé sur le périmètre du PNA, sur les surfaces plantées avec du chêne rouge, ou encore avec des essences méridionales ou de climats plus chaud et sec et leur impact sur le territoire. Il est uniquement mentionné pour le robinier que moins de 10 ha sont recensés sur les 27 390 hectares de forêts dans la vallée alluviale du Rhône. Que cela soit pour le robinier, pour le chêne rouge, ainsi que pour les autres essences pouvant être utilisées pour faire face au changement climatique, aucune ne sont inscrites comme préoccupantes pour l’Union Européenne et elles ne figurent pas dans le Règlement Européen relatif aux EEE. Utilisées en mélange ou en enrichissement en milieu forestier, elles pourraient permettre de maintenir le couvert forestier et apporter aux propriétaires un minimum de perspective de production de bois.
En ce qui concerne le chêne rouge, une étude sur le terrain et réalisée par le CNPF Auvergne Rhône Alpes avec le soutient financier de la DRAAF à mis en avant des éléments d’analyse sur son potentiel de divagation et son caractère invasif. La présence et l’abondance de la régénération naturelle diminuent d’autant plus que l’éloignement avec le peuplement d’origine augmente : au-delà de 30 mètres elle est quasi absente, même lorsque le peuplement d’origine présente une très forte dynamique de régénération naturelle. Par ailleurs, peu de publications permettent de démontrer scientifiquement le caractère invasif au sens dispersif de l’essence. Les mesures indiquent que la dissémination des glands se fait principalement par gravitation à la périphérie du houppier et reste limitée à 15 mètres dans la plupart des cas. Ces résultats confirment à ce jour la position Européenne de ce caractère non invasif. Alors qu’il est mentionné dans le PNA que « dans le passé, l’implantation du Chêne rouge d’Amérique (Quercus rubra) ou du Robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia) ont montré les limites de la monoculture d’exotiques en entrainant d’importantes invasions biologiques aujourd’hui difficiles et coûteuses à contrôler, ayant un impact négatif sur l’équilibre des écosystèmes ».
D’autre part, il sera primordial dans le cadre du renouvellement de la ressource forestière et de l’adaptation au changement climatique de pouvoir au contraire disposer d’un maximum de souplesse dans le choix des techniques sylvicoles et des essences à installer pour conserver et développer tous les services rendus par la forêt notamment la captation du carbone, la production de bois, la préservation de la ressource en eau, la prévention contre l’érosion des sols….
Le PNA propose uniquement : « L’implantation d’essences mélangées, en régénération spontanée et en futaie jardinée ou en bouquet est le plus favorable à l’expression de la biodiversité dans son ensemble. »
En ce qui concerne la sylviculture, cette préconisation est effectivement importante à développer mais reste très limitée et le PNA ne doit pas faire croire à cette solution unique possible. En effet, vu le contexte de réchauffement climatique où certaines essences ne seront plus adaptées, les problèmes sanitaires, d’équilibre sylvo-cynégétiques, du morcellement forestier qui limite la faisabilité technique et économique, il est important de pouvoir mobiliser et promouvoir l’ensemble des techniques sylvicoles autorisées et recommandées par le SRGS. C’est le seul document réglementaire habilité en application du Code forestier qui définit le panel des sylvicultures en forêt privée avec 36 itinéraires possibles. Fermer les possibilités sylvicoles parait également dangereux avec le changement climatique en cours et pourrait participer à la « désinformation » des élus des territoires et présenter un risque pour conserver à la fois production de bois et le renouvellement du couvert forestier. La mise en œuvre de diagnostics de sensibilité des sols croisés avec des diagnostics sylvo-climatiques sont à privilégier pour apporter aux propriétaires les éléments nécessaires à prendre en compte pour le renouvellement de leur forêt et la préservation des écosystèmes.
L’aspect économique et social engendré par la gestion forestière n’apparaît pas dans le PNA. Cela permettrait également de prendre en compte ces enjeux pour mieux adapter les mesures proposées. Par exemple le peuplier qui est très employé pour les emballages légers, en remplacement des matières plastiques a aussi un rôle à jouer. La gestion des peupleraies n’est pas incompatible avec la préservation de la biodiversité. En fonction des stations, des pratiques peuvent permettre le développement d’une végétation diversifiée herbacée et/ou arbustive, d’assurer le maintien d’une ripisylve fonctionnelle, de prendre en compte la préservation du sol… La peupleraie représente actuellement 9% de la surface forestière à l’échelle du PNA. Il est indiqué que sur le Haut-Rhône notamment, « les nouvelles plantations sont fréquentes depuis quelques années en lien également avec la hausse du cours de cette essence de 40€/m3 en 2021 à 48€/m3 en 2023 (comm.pers) ». L’évolution de cette progression a-t-elle était évaluée ? Quels sont les types de milieux qui sont nouvellement plantés ?
L’aspect économique et social engendré par la gestion forestière n’apparaît pas dans le PNA. Cela permettrait également de prendre en compte ces enjeux pour mieux adapter les mesures proposées. Par exemple le peuplier qui est très employé pour les emballages légers, en remplacement des matières plastiques a aussi un rôle à jouer. La gestion des peupleraies n’est pas incompatible avec la préservation de la biodiversité. En fonction des stations, des pratiques peuvent permettre le développement d’une végétation diversifiée herbacée et/ou arbustive, d’assurer le maintien d’une ripisylve fonctionnelle, de prendre en compte la préservation du sol… La peupleraie représente actuellement 9% de la surface forestière à l’échelle du PNA. Il est indiqué que sur le Haut-Rhône notamment, « les nouvelles plantations sont fréquentes depuis quelques années en lien également avec la hausse du cours de cette essence de 40€/m3 en 2021 à 48€/m3 en 2023 (comm.pers) ». L’évolution de cette progression a-t-elle était évaluée ? Quels sont les types de milieux qui sont nouvellement plantés ?
Il est mentionné « Accompagner l’ONF et la CNR dont l’objectif est de mettre en place des plans simples de gestion (PSG) sur les parcelles forestières du domaine concédé ».
Le choix par les propriétaires privés du gestionnaire et rédacteur de leur plan simple de gestion doit se faire dans le respect des règles de la concurrence et le PNA ne peut viser ou promouvoir tel ou tel opérateur économique. Le PNA devrait s’en tenir à promouvoir les documents de gestion durables qui intégreraient les orientations et actions du PNA.
Il n’est pas mentionné que le SRGS Auvergne Rhône Alpes réglemente déjà la préservation des ripisylves : ne pas réaliser de coupes de renouvellement à moins de 5 m des bords de cours d’eau en présence d’une ripisylve en bon état et avec une strate arborée plurispécifique.
- sur l’action n°2.1.1 Rétablissement des corridors forestiers :
Si les actions décrites concernent la forêt privée, il serait souhaitable que le CNPF soit clairement identifié dans les partenaires potentiels, notamment dans le cadre de l’animation du réseau FRENE.
- sur l’action n°2.1.2 Travail conjoint avec la filière bois pour la mise en place d’une gestion forestière respectueuse de l’écosystème : Pour cette fiche les actions décrites sont dans les champs de compétence du CNPF pour la forêt privée, qui représente 27 % de la surface boisée sur le périmètre du PNA. Le CNPF par son contact privilégié avec les propriétaires forestiers, mais aussi par les outils de diagnostics mis en œuvre : bioclimsol, Archi ; Dépéris, IBP, For-Eval… leur apporte des conseils adaptés pour chaque parcelle. L’indicateur de cette fiche se résume au seul nombre de gestionnaires forestiers et de professionnels contactés. Il serait plutôt à envisager dans cette fiche d’établir sur des secteurs identifiés à enjeu et/ou sur les stations à Epicpatis fibri, un programme de sensibilisation des propriétaires en partenariat avec le CNPF comme établissement public neutre : réunion d’information sur le terrain, conseils individuels adaptés pour la gestion de la ripisylve, communication, réunion avec les gestionnaires et professionnels de la filière….
Dans l’état actuel de la rédaction de ce projet de PNA, le CNPF émet un avis défavorable.