Projet d’arrêté fixant la typologie de haies utilisée pour l’application du régime unique de la haie
Cet arrêté est pris en application du 2° de l’article L. 412-27 du code de l’environnement, issu de l’article 37 de la loi n°2025-268 du 24 mars 2025 d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture.
Consultation du 16/01/2026 au 06/02/2026 - 675 contributions
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Cette consultation du public tombe parfaitement à point pour poser un regard concret sur la destruction de haies et ses causes, à partir d’une vive discussion ce matin avec un agriculteur sur notre territoire de chasse, situé sur le nouveau bassin d’exploitation géothermique et d’exploitation de lithium sur la commune de Schwabwiller.
Cela fait plus de 30 ans que j’observe la destruction et mutilation du paysage sur les trois communes environnantes formés au départ d’une mosaïque de cultures, de prés, de vergers, de fossés arborés. Aujourd’hui, il ne reste plus rien, les fossés sont girobroyés chaque année jusque dans le lit, les derniers fruitiers sont arrachés, en cause la fin de la transmission du droit de bouilleur de cru en 1959 et le peu d’enthousiasme des jeunes agriculteurs à entretenir un verger.
A l’origine, les fossés creusés par les anciens pour favoriser le drainage des champs étaient de part et d’autres bordés de haies formés de saules, de cerisiers et d’une végétation basse type ripisylves. Les lits étaient sans végétation par manque de lumière. Aujourd’hui, plus rien n’existe à l’exception d’une bande, non limitrophe à un chemin rural d’exploitation. Chaque année les abords et les lits sont maintenus à nus par du girobroyage qui a forcément un coût et des conséquences en terme de rapidité d’écoulement des grandes pluies. Ce n’est pas un hasard si en janvier 2024 Betschdorf a été inondé suite à la formation d’un barrage végétal causé par l’écoulement des résidus de broyages notamment du fossé menant au village. Par le passé, rien de tel ne s’est passé, mais chut, surtout ne pas en parler.
Pourtant, malgré toutes ces destructions au fil des années, à conséquences sur le paysage, la biodiversité et l’écoulement des grands pluies, Betschdorf n’a rien changé dans sa communication, sur son site, « son riche patrimoine naturel en terme de biotope, de faune et de flore » est toujours encore mis en avant, comme si rien n’avait changé : ref site de la mairie de betschdorf patrimoine naturel
(la roselière est pratiquement rasée et lotie, les vergers vantés et les haies fournissant abri à la faune sont de l’histoire ancienne comme abordé précédemment).
Ce décor posé, que s’est-il passé ce matin et illustre une des problématiques de l’arrachage des haies ? Nous avons un plan de chasse chevreuil à faire qui d’année en année devient de plus en plus irréalisable sur un territoire totalement dénudé en automne-hiver-printemps, sans paravents naturels permettant l’approche et un tir en sécurité, soit susceptible d’être arrêté par un obstacle naturel. Les chevreuils sont ainsi visibles au regard des nombreux promeneurs ce qui les met en mouvements en permanence, faute d’abris et de quiétude. En même temps le monde agricole grommelle lorsqu’une harde, instinct grégaire actuel oblige, est aperçue sur un semis de blés d’hiver. L’ensemble de ces « complications » à chasser et à offrir un territoire « calme », nourricier, avec des surfaces minimales d’abris, faute d’écrans végétatifs formés par les haies en longueurs, sont régulièrement remontés à la mairie et aux agriculteurs comme ce matin, lorsqu’une occasion se présente. Evidement mettre en cause la politique d’arrachage de haies, la non compensation, l’impact sur la faune sauvage, les écoulements de boues, le manque de ralentissement des eaux de pluies par suppression des méandres des fossés sont des sujets mal venus à dire les yeux dans les yeux, considérés comme un réquisitoire de chasseur ou d’écologiste.
Maintenant, il serait bon dans le cadre de l’enquête de s’arrêter sur la réponse obtenue cette fois de vive voix ce matin sur les vrais raisons de la suppression des haies. Elle est déconcertante et affligeante. Si les haies ont été arrachées puis les repoussent broyées chaque année, c’est pour faciliter le passage des engins agricoles, éviter un arrachage de rétro, un dommage sur une cabine… Cet argumentaire, nous le connaissons, mais de temps à autre, il est bon de l’entendre dire de vive voix.
Eh oui, en trente ans la taille des engins agricoles, à commencer par les tracteurs a bien changé, par contre la dimension des chemins ruraux est restée la même, bloquée à 6 mètres de largeur. Alors pour permettre le passage, ce n’est pas sur le champ bordant qu’une emprise est opérée, mais sur la haie. Rasée et maintenue au sol, plus d’obstacles. Que le paysage, la biodiversité, l’écoulement des grandes eaux soient les grands perdants du machinisme de l’homme n’est pas un sujet. Du temps des anciens, arracher l’hiver un arbre, couper des haies était un travail pénible et long. Aujourd’hui, un bras articulé rotatif monté sur le côté d’un tracteur puissant est tellement facile, alors pourquoi s’en priver.
La question n’est donc pas de mettre en place un dispositif plus facile à administrer pour évaluer la valeur écologique d’une haie, mais pourquoi veut-on la détruire ?
Je prends l’exemple de l’enquête environnementale préalable à l’autorisation d’exploitation du lithium à Schwabwiller où en contre-bas du site figure un fossé qui il y a encore deux ans était arboré des deux côtés par des roseaux et des haies. En clair au moment de l’enquête, le ménage préalable avait été fait. Résultat de l’enquête, aucun impact environnemental et la biodiversité est absente. Si dans l’avis, l’expertise du chasseur avait été demandée en lieu et place d’un comité désigné, la démonstration contraire aurait été faite… Quant à l’effet compensatoire que l’implantation du puits sur plus de 5 ha devrait entraîner, j’attends toujours de savoir où et quand… Croyez-vous vraiment que face à l’enjeu industriel , l’avis du chasseur et son argumentaire prouvé aurait-été retenue ?
C’est à celui qui veut détruire une haie de prouver l’utilité, le non impact environnemental au sens le plus large. Dans la quasi totalité des cas cela serait mission impossible. Sur son site la commune se vante de la richesse de la biodiversité, pie-grièches, rousserolles notamment, c’était du temps où il y avait les haies, plus maintenant.
Je tiens un blog intitulé « veille cynégétique67 » depuis 2013 rempli d’articles sur le sujet des haies et leur destruction, dans une rubrique intitulée « Faune, nature, écologie et chasse »
Vouloir d’un côté préserver les paysages ruraux, les restaurer et de l’autre côté répondre par une nouvelle législation sur la destruction des haies pour aller dans le sens des intérêts du monde agricole et la force des tracteurs dans la rue, quelque part on baigne dans l’irréel pour ne pas dire dans ce que je nomme souvent « le dîner de cons ».