Projet de décret fixant les règles et procédures applicables à la destruction de haies
Consultation du 25/11/2025 au 16/12/2025 - 12022 contributions
Ce projet de décret est pris en application de la loi n°2025-268 du 24 mars 2025 d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations futures (dite loi « OSARGA »). L’article 37 de cette loi a introduit dans le code de l’environnement un dispositif de protection et de gestion durable des haies codifié aux articles L. 412-21 à L. 412-27.
Afin de renforcer la préservation des haies et de maintenir le linéaire planté, l’objectif de ce dispositif est de simplifier et unifier les procédures administratives applicables aux projets de destruction de haies, en créant une déclaration unique préalable (ou, le cas échéant, une autorisation unique), avec une compensation systématique et au moins équivalente.
Commentaires
Le collectif Environnement Champenois En Péril regroupant 20 associations de protection de l’environnement (ECEP51) émet un avis très défavorable sur le projet de décret fixant les règles et procédures applicables à la destruction de haies.
1. Un contexte de déclin massif des haies qui impose un moratoire, pas une simplification
Depuis 1950, la France a perdu environ 70 % de ses haies bocagères, soit près de 750 000 km arrachés sous l’effet conjugué du remembrement, de l’agrandissement des parcelles, de la céréaliculture intensive, de l’urbanisation et de la demande en bois-énergie. Le rythme des destructions s’est encore accéléré depuis 2019, pour atteindre environ 23 500 km arrachés par an.
Dans ce contexte, un texte qui a pour objectif central la “simplification administrative” de la destruction de haies est en totale contradiction avec l’urgence écologique, climatique et paysagère, ainsi qu’avec le Pacte Haies lancé en 2023 et les engagements européens de restauration de la nature.
2. Les haies : un patrimoine écologique, agricole et paysager irremplaçable
Les haies constituent un patrimoine paysager, naturel et culturel dont la destruction ne peut être réduite à une simple formalité administrative. Elles remplissent des fonctions multiples :
Biodiversité : habitats et corridors pour les oiseaux, insectes pollinisateurs, chauves-souris, amphibiens, petits mammifères, etc.
Régulation de l’eau : limitation du ruissellement, de l’érosion et des inondations, amélioration de l’infiltration des pluies.
Climat : stockage de carbone, limitation des effets des canicules et des vents desséchants.
Agriculture : brise-vent, refuge pour les auxiliaires, ombre pour le bétail, ressource en bois-énergie local et en matière organique.
Paysages et attractivité des territoires : les bocages font l’identité de nombreux territoires ruraux et conditionnent aussi leur attractivité touristique et résidentielle.
Ces fonctions, qui demandent des décennies pour se mettre en place, ne peuvent pas être compensées par de simples plantations “équivalentes” sur le papier.
3. Un décret qui favorise la destruction plutôt que l’évitement
Le texte présenté met en avant la déclaration unique préalable et la compensation, mais organise très mal la séquence “Éviter – Réduire – Compenser (ERC)”.
La motivation du projet n’exige pas un véritable examen de l’absence de solution alternative satisfaisante, ni une justification claire d’une raison impérative d’intérêt public majeur.
Les formulaires et le “guichet unique” orientent directement vers la compensation, comme si la destruction était acquise d’avance.
Dans de nombreux avis citoyens, cette orientation est dénoncée comme contraire à l’esprit du droit de l’environnement, qui impose d’abord d’éviter les atteintes.
Pour un élément aussi structurant que la haie, la règle doit être la conservation, la destruction ne pouvant être qu’exceptionnelle, strictement encadrée, et justifiée de manière argumentée.
4. Des définitions et des outils techniques dangereux (trouées, cartographie automatique)
Plusieurs dispositions techniques affaiblissent concrètement la protection des haies :
La définition administrative de la haie incluant l’exclusion des “trouées > 5 m” réduit artificiellement le linéaire reconnu et ouvre la porte à des stratégies de contournement (création volontaire de trouées pour “dégrader” la haie avant de déposer une déclaration).
L’usage d’une cartographie semi-automatique pour l’instruction des dossiers, alors que ces outils sont notoirement imprécis pour les haies basses, les haies sur talus et les bocages complexes, ne peut servir de base décisionnelle. Ils doivent rester des outils d’observation, non des instruments de régulation.
Ces choix sont massivement contestés dans la consultation et par les instances scientifiques.
5. Une compensation insuffisante et non équivalente
L’avis du Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN) souligne que les coefficients de compensation et les seuils proposés sont insuffisants pour atteindre une équivalence écologique : ils ne tiennent pas compte de la largeur de la haie, de sa structure, de son ancienneté, de la présence de talus, de mares, de fortes pentes ou de gros arbres porteurs de micro-habitats.
S’ajoute un décalage temporel majeur : même avec un coefficient de 2,5 ou 3,5, une haie plantée aujourd’hui mettra des décennies à fournir les mêmes services qu’une haie arrachée, entraînant entre-temps un déclin irréversible d’espèces déjà en mauvais état de conservation.
En l’état, le dispositif de compensation sert de “permis de détruire” sans garanties écologiques sérieuses.
6. Fragilisation de la protection des espèces protégées et des continuités écologiques
Le projet limite la portée et la mise en œuvre des dispositions relatives aux espèces protégées (L. 411-2), en introduisant des seuils de linéaire et de densité non justifiés scientifiquement, et en renvoyant la mise en œuvre à une doctrine préfectorale hétérogène.
Les haies sont pourtant au cœur de la Trame verte et bleue et assurent la connectivité entre réservoirs de biodiversité ; toute simplification conduisant à des destructions diffuses met en cause le respect des engagements européens (directives Oiseaux et Habitats, règlement “Restoration Law”).
7. Failles juridiques, contrôles faibles, incohérences avec la PAC
Le texte comporte encore de nombreuses failles :
Flou sur les responsabilités entre propriétaires et preneurs (fermage), dans un contexte où des haies sont soumises à des engagements PAC (BCAE 8, mesures agro-environnementales) qui imposent leur maintien.
Délais raccourcis pour les services (45 jours) susceptibles de provoquer des accords tacites par simple absence de réponse, alors même qu’il s’agit d’éléments structurants du paysage et de la biodiversité.
Contrôles et sanctions insuffisamment structurés : pas de stratégie claire pour vérifier la replantation effective, la survie des haies compensatoires ni la répression des arrachages illégaux, alors que ces derniers sont déjà fréquents.
8. Conclusion : demande de retrait et de réécriture profonde du décret
Compte tenu :
de l’avis défavorable du Conseil National de la Protection de la Nature, rendu à la majorité de ses membres,
de la quasi-unanimité d’avis défavorables exprimés dans cette consultation publique,
de l’état critique du bocage français et des enjeux climatiques, hydrologiques, agronomiques et paysagers associés aux haies,
Nous demandons :
Le retrait du projet de décret en l’état.
L’élaboration d’un nouveau texte :
plaçant au cœur du dispositif l’interdiction de principe de la destruction des haies, sauf cas exceptionnel dûment justifié,
appliquant strictement la séquence Éviter – Réduire – Compenser, avec avis systématique d’experts indépendants (CSRPN, CNPN, structures bocagères),
renforçant les exigences de compensation (linéaire, largeur, structure, ancienneté, connectivité, suivi dans le temps),
articulé avec les dispositifs de la PAC, de la Trame verte et bleue, du Pacte Haies et du règlement européen sur la restauration de la nature,
garantissant des contrôles effectifs et des sanctions dissuasives pour les destructions illégales.
Dans une période de crise climatique, d’érosion de la biodiversité et de fragilité des systèmes agricoles, il n’est plus acceptable que la destruction des haies soit “simplifiée”. La responsabilité de l’État est d’organiser leur protection, leur restauration et leur valorisation, pas leur disparition accélérée.
Encore une mesure où l’on marche sur la tête…
Les haies permettent le stockage de eau, évite l’érosion des sols, jouent un rôle important de coupe vent et de régulation thermique. Et stocké du carbone en quantité tandis ce que nos forêts se meurent.
Tout ce dont nous avons besoin pour être résilients face au dérèglement climatique en cours, avéré et sévère, auquel la France est particulièrement exposée.
Un outil naturel, peu coûteux, bénéfique à tous et qui est à la fois un frein au réchauffement climatique, et une mesure d’atténuation de ses conséquences.
Ses avantages pour l’agriculture ne sont plus à démontrer.
Ceux pour la biodiversité non plus.
Toute destruction de haie devrait être empêché, et les nouvelles plantations encouragées.
N’en déplaise aux lobbies de l’agro-industrie, aux bétonneurs en série, à leur lèche botte politique, ou aux agitateurs de quelques syndicats agricoles verreux…