Projet d’arrêté relatif aux contenants d’huiles relevant de la filière à responsabilité élargie du producteur des huiles minérales ou synthétiques, lubrifiantes ou industrielles et modifiant le cahier des charges des éco-organismes de cette filière
Le projet de texte peut être consulté et faire l’objet d’observations, via le lien « déposer votre commentaire » en bas de page, du 6 mai 2026 au 27 mai 2026 inclus. Afin de faciliter la compréhension des modifications apportées, le projet de texte est présenté en version légistique et en version consolidée avec modifications apparentes.
Consultation du 06/05/2026 au 27/05/2026 - 1 contribution
L’article 1er du décret n° 2025-1081 du 17 novembre 2025 relatif aux emballages ainsi qu’aux déchets d’emballages et instituant la filière de responsabilité élargie des producteurs d’emballages consommés ou utilisés par les professionnels a notamment prévu l’extension de la filière REP des huiles (minérales ou synthétiques, lubrifiantes ou industrielles) aux contenants de ces huiles afin d’en simplifier et d’en optimiser la gestion.
Cet article a modifié les articles R. 543-3 et suivants du code de l’environnement pour assurer cette évolution.
Dans ce contexte, le présent projet d’arrêté ministériel a pour objet de modifier le cahier des charges relatif aux éco-organismes annexé à l’arrêté du 27 octobre 2021 modifié portant cahier des charges des éco-organismes de la filière à REP des huiles minérales ou synthétiques, lubrifiantes ou industrielles, afin d’y inclure les obligations relatives à la gestion des contenants d’huiles.
Il prévoit notamment que les contenants d’huiles seront gérés selon les mêmes régimes organisationnels (opérationnels ou financiers) que les huiles.
Le projet d’arrêté opère par ailleurs une optimisation de certaines dépenses transversales en supprimant l’enveloppe financière minimale à consacrer aux actions de communication et en permettant une répartition des soutiens financiers consacrés à la recherche et au développement sur toute la durée de l’agrément.
Enfin, le projet d’arrêté prévoit des mécanismes de compensation avec les filières REP des emballages ménagers et professionnels pour les contenants d’huiles usagés qui seraient collectés dans ces filières, et rectifie une erreur matérielle dans l’arrêté fixant la liste des produits relevant de la filière REP des produits chimiques dangereux (DDS).
Il corrige également des erreurs matérielles sur la mention d’un certain nombre de références réglementaires en ce qui concerne l’arrêté du 2 décembre 2025 portant cahier des charges des éco-organismes, des systèmes individuels et des organismes coordonnateurs de la filière à REP des emballages servant à commercialiser des produits consommés ou utilisés par des professionnels.
Le projet d’arrêté comprend 6 articles et six annexes qui sont numérotées de I à VI.
Le premier article indique que les éco-organismes agréés pour la filière REP des huiles disposent d’un délai de trois mois pour adresser à l’autorité administrative des éléments complémentaires pour répondre aux objectifs et exigences des dispositions du cahier des charges relatif aux éco-organismes qui concernent la prévention et la gestion des contenants d’huiles usagés.
Le deuxième article modifie l’arrêté du 5 septembre 2025 fixant les modulations applicables aux contributions financières versées par les producteurs lorsqu’ils incorporent des matières plastiques recyclées pour que cet arrêté soit applicable aux contenants d’huiles à compter du 1er janvier 2027. Le dispositif de primes pour l’incorporation de matières plastiques recyclées mis en place par cet arrêté concerne déjà plusieurs filières REP.
Le troisième article précise que les annexes modifient :
- le cahier des charges des éco-organismes de la filière REP des huiles minérales ou synthétiques, lubrifiantes ou industrielles (annexe I),
- les cahiers des charges des éco-organismes et des organismes coordonnateurs de la filière REP des emballages servant à commercialiser des produits consommés ou utilisés par des professionnels (annexes II et III),
- les cahiers des charges des éco-organismes et des organismes coordonnateurs de la filière REP des emballages ménagers, imprimés papiers et papiers à usage graphique (annexes IV et V)
- l’annexe de l’arrêté fixant la liste des produits relevant de la filière REP des produits chimiques dangereux (annexe VI).
Le quatrième article modifie l’arrêté du 2 décembre 2025 portant cahier des charges des éco-organismes, des systèmes individuels et des organismes coordonnateurs de la filière à REP d’emballages servant à commercialiser des produits consommés ou utilisés par des professionnels afin de corriger des erreurs matérielles sur la mention d’un certain nombre de références réglementaires.
Le cinquième article fixe les délais d’entrée en vigueur : 1er juillet 2026 pour les modifications des cahiers des charges relatifs aux huiles et aux emballages, 1er janvier 2027 pour l’incorporation de matières recyclées pour les contenants d’huiles.
En revanche, les articles 1er, le 4° de l’article 3 relatif aux modifications de l’arrêté « produits » de la filière REP des produits chimiques et l’article 4 entrent en vigueur le lendemain de la publication de l’arrêté.
Le sixième article est l’article d’exécution.
Le projet d’arrêté comprend 6 annexes qui se présentent comme suit.
L’annexe I, relative au cahier des charges des éco-organismes de la filière à REP pour les huiles minérales ou synthétiques, lubrifiantes ou industrielles, prévoit les principales dispositions ou modifications suivantes :
• Le chapitre 1 relatif aux orientations générales est modifié pour prendre en compte la gestion des contenants d’huiles dans les missions et les modes d’action (pourvoi opérationnel ou soutien financier) des éco-organismes de la filière REP des huiles. Par ailleurs, il prévoit que les éco-organismes mettent en œuvre des actions visant à réduire la production de déchets de contenants d’huiles et à développer le réemploi et la réutilisation de ces contenants.
• Au point 3.2 relatif à la prise en charge des coûts des opérations de collecte assurées par les collectivités territoriales ou leurs groupements, il est prévu une majoration du soutien financier des éco-organismes pour les collectivités territoriales d’outre-mer en ce qui concerne la collecte des huiles usagées du fait des caractéristiques de ces territoires.
• Au point 3.6, les compétences du comité technique opérationnel sont étendues aux contenants d’huiles usagés.
• Au chapitre 6 relatif à l’information et à la sensibilisation, il est prévu que les éco-organismes réalisent des actions auprès des détenteurs de contenants d’huiles usagés afin d’en améliorer la prévention et la gestion. L’enveloppe financière minimale à consacrer aux actions d’information et de sensibilisation est supprimée afin d’optimiser les coûts supportés par les éco-organismes.
• Au point 7.1 relatif à la collecte des huiles usagées, le projet d’arrêté prévoit la réalisation d’une expérimentation sur la base du volontariat pour que les collectivités territoriales, les professionnels de la réparation ou de l’entretien des véhicules et les distributeurs puissent assurer la reprise conjointe des huiles usagées des ménages et de leurs contenants.
• Au point 7.2 relatif aux procédés de régénération et de recyclage, le projet d’arrêté prévoit le soutien à des projets de R&D visant à développer le réemploi et la réutilisation, ainsi que le recyclage pour les contenants d’huiles notamment ceux en matières plastiques. Il introduit une possibilité de lisser les dépenses liées à la R&D sur la durée de l’agrément.
• Il est introduit un chapitre 9 nouveau qui prévoit l’ensemble des dispositions pour assurer la gestion des contenants d’huiles usagés. Il concerne sept sujets principaux :
- la prévention : les éco-organismes agréés doivent proposer d’ici le 30 juin 2027 une trajectoire pluriannuelle de réduction de la quantité de déchets de contenants d’huiles en vue de satisfaire les objectifs de réduction des quantités de déchets prévus au I de l’article L. 541-1 du code de l’environnement.
- l’écoconception : il est prévu deux mesures :
- le versement d’une prime de contribution financière pour l’incorporation de matières plastiques recyclées dans les contenants d’huiles usagés dans le cadre du dispositif prévu par l’arrêté du 5 septembre 2025 fixant les modulations applicables aux contributions financières versées par les producteurs lorsqu’ils incorporent des matières plastiques recyclées. Cette obligation s’appliquera à compter du 1er janvier 2027.
- la réalisation d’une étude en lien avec l’ADEME à partir de laquelle seront définis d’autres critères de modulation, accompagnés d’une trajectoire pluriannuelle d’objectifs pour les critères étudiés, y compris pour le recyclage des contenants d’huiles usagés en boucle fermée.
- les objectifs de collecte et de recyclage.
Les dispositions prévues ont pour objet d’inscrire les éco-organismes dans une trajectoire permettant d’atteindre les objectifs prévus par le règlement européen 2025/40 relatif aux emballages et aux déchets d’emballages.
Pour les objectifs de collecte : proposition d’ici le 1er septembre 2027 au plus tard d’une trajectoire pluriannuelle d’objectifs de collecte en vue de satisfaire les objectifs de ce règlement européen sur la base notamment de la réalisation d’une étude à réaliser d’ici le 30 juin 2027 relative à l’évaluation de la quantité des contenants d’huiles usagés collectés sur le marché national.
Pour les objectifs de recyclage : transmission d’ici le 1er octobre 2027 au plus tard d’un plan d’actions visant à atteindre les objectifs de recyclage du règlement européen.
- les modalités de prise en charge des coûts des opérations de gestion des contenants d’huiles usagés auprès des collectivités territoriales ou de leurs groupements
Le projet d’arrêté prévoit les dispositions suivantes :
- un soutien financier pour la prise en charge des coûts des opérations de collecte des contenants d’huiles usagés en vue de leur valorisation,
- une reprise sans frais des contenants d’huiles usagés collectés séparément. Pour le traitement de ces déchets, il est prévu un pourvoi opérationnel,
- une mise à disposition sans frais de contenants adaptés à la collecte des contenants d’huiles usagés et d’EPI (équipements de protection individuels) pour les collectivités territoriales ou leurs groupements qui le demandent,
- une possibilité de soutien financier pour la prise en charge des coûts de transport, de réemploi, de réutilisation et des autres opérations de traitement des contenants d’huiles usagés,
- une majoration des soutiens financiers pour les collectivités territoriales d’outre-mer du fait de leurs caractéristiques,
- la mise à disposition d’outils, méthodes et la réalisation d’actions pour la formation des agents en déchetterie.
- les modalités de prise en charge des coûts des opérations de gestion des contenants d’huiles usagés auprès des personnes qui assurent ces opérations autres que les collectivités territoriales.
Les dispositions dans ce domaine prévoient la mise en place de soutiens financiers pour les personnes assurant les opérations de gestion des contenants d’huiles usagés.
Le projet d’arrêté prévoit par ailleurs une possibilité de pourvoi à la reprise sans frais des contenants d’huiles usagés auprès des personnes qui en font la demande. Dans ce cadre, il est prévu que l’éco-organisme pourvoit sans frais au traitement des contenants.
- les compensations financières entre les éco-organismes agréés concernés pour les coûts de gestion des contenants d’huiles collectés par les collectivités territoriales ou leurs groupements avec d’autres déchets tels que les emballages ménagers ou professionnels ;
Ces mesures de compensation sont prises en application de l’article R. 543-14, introduit par l’article 1er du décret du 17 novembre 2025 mentionné ci-dessus.
L’annexe II, relative au cahier des charges des éco-organismes de la filière à REP pour les emballages servant à commercialiser des produits consommés ou utilisés par des professionnels prévoit les compensations financières entre les éco-organismes agréés de la filière REP des emballages professionnels et ceux des huiles pour les contenants d’huiles usagés qui seraient collectés par la filière des emballages professionnels.
L’annexe III relative au cahier des charges des organismes coordonnateurs de la filière à REP pour les emballages servant à commercialiser des produits consommés ou utilisés par des professionnels prévoit d’ajouter dans les travaux de coordination des éco-organismes de cette filière la méthode pour caractériser la proportion des déchets de contenants d’huiles parmi les déchets d’emballages collectés auprès des professionnels et le coût forfaitaire de collecte / traitement de ces déchets.
L’annexe IV relative au cahier des charges des éco-organismes de la filière à REP des emballages ménagers, imprimés papiers et papiers à usage graphique prévoit les compensations financières entre les éco-organismes agréés pour la filière REP des emballages ménagers et ceux agréés pour les huiles pour les contenants d’huiles usagés qui seraient collectés par la filière des emballages ménagers.
L’annexe V relative au cahier des charges des organismes coordonnateurs de la filière à REP des emballages ménagers, imprimés papiers et papiers à usage graphique prévoit d’ajouter dans les travaux de coordination des éco-organismes de cette filière la méthode pour caractériser la proportion des déchets de contenants d’huiles parmi les déchets d’emballages collectés par les collectivités locales et le coût forfaitaire de collecte / traitement de ces déchets.
L’annexe VI corrige la liste fixant les produits relevant de la REP des produits chimiques présentant un risque significatif : le seuil pour les mastics conditionnés en cartouches est modifié (0,31 l au lieu de 0,3 l).
Commentaires
Observations générales
Les perturbateurs endocriniens (PE) constituent aujourd’hui l’une des plus graves menaces sanitaires et environnementales auxquelles nos sociétés sont confrontées. Ils altèrent le fonctionnement hormonal des organismes vivants à des doses infinitésimales, sans seuil d’effet connu, et contribuent à l’explosion des pathologies chroniques : troubles de la fertilité, cancers hormono-dépendants, obésité, diabète, troubles neurodéveloppementaux chez l’enfant, atteintes thyroïdiennes… avec une inquiétude majeure largement consensuelle par rapport à la vie in utéro aux conséquences possibles transgénérationnelles. Selon les travaux de référence européens, leur coût socio-économique dépasse 157 milliards d’euros par an pour l’Union européenne – soit environ 1,23 % du PIB – en dépenses de santé et pertes de productivité. En France, ces externalités pèsent lourdement sur notre système de protection sociale et sur les générations futures.
Face à cette réalité, les médecins, chercheurs et organisations de la société civile n’ont cessé d’alerter. La tribune du Collectif interassociatif pour la santé environnementale (CISE) publiée le 24 avril 2024 à l’occasion de la Journée européenne des hormones appelle explicitement à « entrer dans une nouvelle ère de la lutte contre les perturbateurs endocriniens » car « les maladies induites augmentent ». En février 2026, plus de 650 médecins et scientifiques signaient dans Le Monde une tribune dénonçant « le décalage croissant entre l’état de la science et la fabrique de la loi » en matière agricole et chimique. En juin 2025, la Fondation pour la Recherche Médicale lançait un appel urgent aux pouvoirs publics pour que « la réglementation suive la science » sur les polluants chimiques. Ces voix convergentes, issues du monde médical, de la recherche et des ONG, exigent une rupture claire avec la logique de « réduction progressive » qui a prévalu jusqu’ici.
Or, à la lumière – entre autres – des travaux récents des inspections générales (IGAS-IGEDD, mai 2024) et du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, le projet de plan d’action soumis à consultation apparaît en deçà des transformations nécessaires pour répondre à l’ampleur des enjeux. Nos observations s’articulent autour de neuf axes.
1. Un cap stratégique à affirmer : le « zéro exposition »
Le plan ne fixe pas d’horizon transformateur. Or le rapport IGAS-IGEDD formule explicitement la recommandation de faire du « zéro exposition aux PE » l’ambition de moyen terme, avec comme principes généraux une approche « une seule santé », l’intensification du plaidoyer européen, l’ancrage territorial et la prise en compte des inégalités socio-économiques. Cette recommandation est absente du plan.
Sans un tel cap, la logique de réduction progressive risque de s’installer durablement, sans transformation réelle des systèmes de production et d’usage des substances chimiques. Ce principe devrait notamment se décliner concrètement en tendant vers le zéro perturbateur endocrinien dans tous les lieux accueillant du public vulnérable, particulièrement les jeunes enfants, et dans les maternités.
Exemples d’actions absentes du plan, issues du rapport IGAS-IGEDD :
● Fixer des objectifs chiffrés de réduction d’exposition par matrice (eau, air intérieur, alimentation) et par population cible, avec des jalons à 5 et 10 ans. Le rapport préconisait que le cap « zéro exposition » soit opposable et mesurable, et non une simple déclaration d’intention.
● Adopter une gestion par famille chimique plutôt que substance par substance, afin d’éviter les substitutions par des analogues tout aussi préoccupants — approche recommandée par l’IGAS-IGEDD et absente du plan actuel.
● Intégrer systématiquement les effets cocktail dans les évaluations de risque : l’IGAS-IGEDD identifiait l’absence de prise en compte des mélanges comme une lacune structurante des stratégies précédentes.
Recommandation : Inscrire explicitement l’objectif « zéro exposition aux PE » comme horizon directeur du plan, reprenant la recommandation 3 du rapport IGAS-IGEDD dans son intégralité, et le décliner en jalons mesurables.
2. Une gouvernance à refonder
Le plan prévoit un pilotage ministériel et une déclinaison territoriale, mais ne remédie pas aux défaillances identifiées par les inspections dans la stratégie précédente : manque de portage politique, coordination interministérielle insuffisante, absence de suivi effectif des actions. Il n’y a pas d’instance de pilotage politique forte à vocation transversale, ni de responsabilité clairement assignée entre les ministères concernés — notamment Agriculture, Industrie et Travail.
Recommandation : Créer un comité interministériel dédié, placé à haut niveau politique, avec un rapport annuel public sur l’état d’avancement des actions et leurs résultats mesurés.
3. Des moyens financiers à identifier et sécuriser
L’absence totale de budget dédié et de programmation pluriannuelle constitue une faiblesse structurelle. La mobilisation de dispositifs existants (AAP, FIR, etc.) ne garantit ni la pérennité ni l’ampleur des actions nécessaires. À titre d’exemple, le soutien aux « ordonnances vertes » se limite à une liste d’outils alors que les acteurs locaux ont démontré leur capacité à agir : ce dont ils ont besoin, c’est de financement concret pour les ateliers, la coordination et la fourniture de paniers bio. Il en va de même pour l’essaimage des écomaternités, pour lesquelles les budgets de formation des personnels ne sont pas précisés.
Recommandation : Adopter une programmation budgétaire pluriannuelle fléchée, publiquement engagée, avec reddition de comptes annuelle, comme l’ont préconisé les rapports d’inspection.
4. Les inégalités sociales et territoriales d’exposition : un axe transversal manquant
Si le plan cible certains publics vulnérables, il ne propose pas de stratégie structurée pour réduire les inégalités environnementales. Le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan souligne pourtant que la justice sociale doit être un principe central des politiques environnementales. Cela suppose d’identifier, de documenter et de réduire prioritairement les expositions des populations les plus défavorisées.
Une attention particulière doit être portée aux travailleurs saisonniers en agriculture et viticulture — dont de nombreuses femmes enceintes en situation de précarité, qui échappent largement aux dispositifs de prévention de l’Assurance Maladie et de la médecine du travail, et qui sont pourtant parmi les plus exposées aux PE. Nous signalons également l’existence d’un outil de repérage des situations à risque en milieu de travail développé par des médecins du travail de la Drôme (« Mon travail : quels risques pour ma grossesse ? »), qui mériterait d’être diffusé lors des déclarations de grossesse.
Concernant les Antilles, toujours contaminées par la chlordécone — PE reconnu —, le plan ne propose aucune mesure concrète pour permettre aux populations de se fournir en productions locales labellisées « zéro chlordécone ».
Recommandation : Intégrer la réduction des inégalités environnementales comme axe transversal explicite, avec des mesures ciblées pour les populations les plus précaires et les territoires ultra-marins.
5. La substitution des substances : sortir du seul volontariat
Le constat d’échec des politiques de substitution dans la stratégie précédente est documenté. Pourtant, le plan reste principalement fondé sur des démarches volontaires d’entreprises, sans introduire de leviers structurants. Il s’agit là d’une rupture insuffisante avec une logique qui a montré ses limites.
Les données économiques disponibles — notamment sur les PFAS — montrent que l’interdiction de familles chimiques entières est souvent la voie la moins coûteuse à long terme, comme l’a montré le précédent des CFC pour la couche d’ozone. C’est cette logique d’interdiction raisonnée et programmée qui devrait guider les ambitions du plan.
Recommandation : Introduire des obligations de substitution dans les secteurs à forts enjeux, accompagnées d’un calendrier contraignant, d’incitations financières et de soutien à l’innovation, en s’appuyant notamment sur les centres de substitution européens.
6. Les leviers réglementaires et économiques : une ambition à rehausser
Le renforcement des contrôles est nécessaire, mais il ne saurait se substituer à une politique plus globale. La « pression de contrôle » doit être clairement liée à une politique d’interdiction de familles chimiques entières — et non se limiter à surveiller des substances déjà réglementées. Le principe pollueur-payeur, insuffisamment appliqué, est absent du plan, alors qu’il constitue un levier central pour internaliser les coûts sanitaires et environnementaux.
Sur les pesticides, nous appelons le gouvernement français à intervenir activement au niveau européen pour défendre le principe selon lequel le doute doit bénéficier à la santé publique et non aux industriels, notamment en refusant le renouvellement d’autorisations lorsque les dossiers PE sont incomplets. En l’absence d’accord européen, l’ANSES devrait être invitée à rendre publiques les études lui permettant d’écarter ou de confirmer le caractère PE d’un produit commercial.
Recommandation : Compléter le volet réglementaire par des instruments économiques (fiscalité environnementale, internalisation des coûts), des sanctions effectives et une application pleine du principe pollueur-payeur.
7. Surveillance et connaissance : garantir le passage à l’action
Le renforcement de la surveillance et de la biosurveillance est légitime. Cependant, les connaissances scientifiques sur les effets des PE sur la santé humaine et l’environnement sont aujourd’hui suffisamment robustes pour justifier des actions de réduction à la source. Le risque de procrastination par accumulation de données supplémentaires est réel.
Le lien décisionnel entre la production de données et leur traduction en mesures concrètes doit être explicité dans le plan. Par ailleurs, l’approche exposome, qui permettrait d’appréhender les expositions cumulées et leurs effets combinés, n’est pas structurée comme programme national à part entière.
Recommandation : Formaliser un mécanisme de déclenchement automatique de mesures de réduction à la source dès que des seuils d’exposition sont documentés, et structurer un programme national exposome.
8. La participation et la transparence : vers un réel empowerment
Le plan privilégie une information descendante. Mais aller au-delà de la sensibilisation implique de donner aux citoyens un accès réel aux données d’exposition, une compréhension des arbitrages effectués et des espaces de participation aux décisions. Des outils comme des cartographies publiques des pollutions aux PE, une mise en débat des arbitrages réglementaires et des dispositifs de participation structurés seraient à développer.
Le soutien à un label PE pour les produits de consommation est une mesure utile, à condition qu’il ne repose pas sur la seule responsabilisation du consommateur et qu’il soit accompagné d’une action réglementaire à la hauteur des enjeux.
Recommandation : Développer des outils de transparence accessibles (cartographies, données ouvertes) et des mécanismes de participation citoyenne structurés, en complément de l’information grand public.
9. Intégration de la santé environnementale dans toutes les politiques publiques
Le plan ne prévoit pas d’obligation d’évaluation systématique des impacts PE dans les études d’impact des politiques publiques, des projets d’infrastructure ou des textes législatifs. Une telle intégration permettrait pourtant d’agir en amont et d’éviter la création de nouvelles sources d’exposition.
De même, l’articulation avec les politiques sectorielles — agriculture, industrie, commerce international — reste insuffisante. La mobilisation d’organismes de formation indépendants et accrédités DPC (sur le modèle de ce que réalise le WECF dans les maternités) mériterait d’être soutenue et développée.
Recommandation : Introduire une obligation d’évaluation santé-environnement dans les études d’impact et les avis législatifs, et renforcer l’articulation entre ce plan et les politiques agricoles, industrielles et commerciales.
Exemples d’actions absentes du plan, issues du rapport IGAS-IGEDD :
● Intégrer une évaluation d’impact PE dans les études d’impact législatives, à l’image de l’évaluation genre ou carbone, et former les agents du Secrétariat général du gouvernement à cet exercice.
● Articuler explicitement ce plan avec Ecophyto 2030 et le plan chlordécone IV en fixant des objectifs de réduction communs. Le rapport IGAS-IGEDD notait que cette articulation était « peu lisible » dans la SNPE2 malgré des recoupements évidents.
● Conditionner les autorisations d’implantation de nouvelles installations potentiellement émettrices de PE à un bilan d’exposition cumulée sur le territoire concerné.
● Porter au niveau européen, l’obligation de fourniture de données sur le potentiel caractère PE des substances dans le cadre de la procédure d’enregistrement prévu par le règlement REACH et mettre en œuvre le principe "pas de donnée, pas de marché”.
Conclusion
Le plan d’action sur les PE constitue une base utile mais insuffisante au regard de l’urgence sanitaire et environnementale. Son renforcement suppose l’affirmation d’un cap clair vers le « zéro exposition », une gouvernance forte dotée de moyens identifiés, une ambition réglementaire rehaussée incluant des leviers économiques, une prise en compte structurelle des inégalités d’exposition, et un lien explicite entre connaissance et décision. C’est à ces conditions que ce plan pourra constituer une rupture réelle avec les stratégies précédentes et répondre à l’ampleur des enjeux.